Mon baby-blues

Je pense que cela transparaît déjà dans mes précédents articles, surtout ceux qui parlent du séjour à la maternité, mais j'ai connu une période de baby-blues suite à la naissance de l'hippocampe. Si vous lisez un article qui en décrit les modalités, vous verrez que j'en cochais presque toutes les cases...



Mon gros ventre me manquait.
On aurait pu croire que j'avais eu le temps de m'y préparer, surtout vu mon impatience des derniers jours, et pourtant... Très vite, je me suis rendue compte que je ne me rappelais pas précisément ce que je ressentais lorsque l'hippocampe était à l'intérieur de moi. Les sensations que j'aimais tant ont disparu en ne laissant qu'un pâle souvenir, un fantôme.
Peut-être aurais-je éprouvé ce manque de toute façon, mais je crois que je n'ai pas été aidée par la manière dont s'est déroulé mon accouchement. Certes, j'ai eu la chance de rapidement rejoindre mon mari et mon bébé après mon opération, et j'ai aimé mon fils dès le premier regard que j'ai posé sur lui. Il m'a cependant manqué quelque chose, une étape dans mon passage au statut de mère. Un moment que je qualifierais d'animal, où j'aurais pu serrer mon enfant nu contre moi. Au lieu de cela, je n'ai pas assisté à sa naissance puisque j'étais totalement endormie... Et quand on l'a mis contre moi, il était déjà habillé. Je ne l'ai vu totalement nu que plusieurs jours après sa venue au monde. Jusque-là, je n'ai pas osé le déshabiller moi-même, comme si, finalement, il n'était pas vraiment à moi...

J'étais submergée par l'angoisse.
Quand je pense que je me disais, sur la fin de ma grossesse, qu'une fois le bébé né j'aurais moins peur que tout s'arrête brusquement... Je croyais que j'aurais davantage de contrôle sur ce qui pourrait lui arriver.
Autant vous dire que, une fois l'hippocampe né, je me suis vite rendu compte que je m'étais bercée d'illusions. D'une part, j'avais peur de mal faire, et notamment de ne pas assez le nourrir (les débuts de l'allaitement ont été stressants de ce point de vue, alors qu'en définitive je dirais avec le recul que tout s'est mis en place assez facilement !). D'autre part, et de façon presque irrationnelle, j'étais terrifiée par le risque de mort subite. J'avais eu le malheur de lire dans un des livres de parentalité qu'on m'avait offert que cela touchait "davantage les garçons en période hivernale". Cette phrase ne m'a pas laissée en paix pendant de nombreux jours.
 De manière générale, je me sentais écrasée, submergée par mes nouvelles responsabilités. Il y avait soudain tant de décisions à prendre ! Et ça ne se limiterait pas à ces premiers jours. Je devrais décider à la place de mon fils pendant encore longtemps, moi qui avais déjà tant de mal à prendre des décisions pour moi-même, moi qui n'avais pas confiance, moi qui doutais de tout. Dans un cahier que j'ai demandé à Glenn de m'apporter à la maternité, j'ai écrit une injonction à moi-même : "Savoure le moment présent et ne te projette que dans le positif, pas dans ce qui t'angoisse." Un vœu pieux que j'ai eu bien du mal à respecter...

Ma vie d'avant me manquait.
 Je ne regrettais pas la naissance de l'hippocampe, mais je repensais tout à coup à ces longues heures de la fin de ma grossesse en me reprochant amèrement de ne pas en avoir profité davantage. Pensez donc : je n'avais à m'occuper que de moi-même ! Je faisais ce que je voulais, au moment où je le voulais (bon, mon gros ventre et les douleurs de fin de grossesse ne facilitaient pas tout, mais dans l'ensemble je ne m'en sortais pas trop mal). J'étais heureuse d'être une future mère, et c'était tellement plus simple que d'être mère tout court...
J'ai pris conscience brutalement que j'avais perdu, de manière définitive, une certaine insouciance. À présent l'hippocampe serait là à chaque instant et je ne pourrais plus, comme avant, me consacrer à mes loisirs, à mes passions – à mon mari.
C'était comme un deuil à faire, un deuil auquel je ne m'attendais pas, et je m'en voulais de ressentir tout ça alors que la naissance de mon bébé, que j'avais tant attendu et que j'aimais déjà si fort, aurait dû me suffire, me combler de joie.

Évidemment, l'extrême fatigue dans laquelle je me trouvais (ainsi que, j'imagine, les hormones !) n'arrangeait rien à mon état. J'ai ainsi connu un pic le soir-même de ma sortie un peu brusquée de la maternité. J'étais tellement épuisée que j'en titubais, si bien que Glenn m'a poussée à me reposer seule dans la chambre, pendant qu'il restait avec le bébé dans le séjour. Je n'ai tenu qu'une vingtaine de minutes avant de revenir les voir. Ce n'était pas que je ne faisais pas confiance à Glenn : je ne supportais pas de rester physiquement séparée d'eux. La fatigue me rendait confuse, irrationnelle, et je me suis même auto-convaincue de faire une psychose per-puérale. Je ne me reconnaissais tout simplement plus, et je me suis entendue supplier Glenn de protéger notre fils s'il avait l'impression que je voulais lui faire du mal. Sur le moment, mon mari est parvenu à garder son sang-froid. Plus tard, cependant, il en a pleuré, tant lui était insoutenable l'image que je lui avais implantée dans l'esprit.

Prendre, enfin, un peu de repos m'a aidée à me calmer, mais les jours suivants sont restés très difficiles. Je me noyais dans un verre d'eau : il y avait des papiers à remplir, des rendez-vous à prendre, et bien sûr toujours l'hippocampe dont il fallait s'occuper. J'avais le sentiment que je ne savais pas quoi faire de lui, surtout en dehors des mises au sein et des changes, et que je ne saurais jamais décoder ses besoins. Je pleurais beaucoup, tous les jours.

Ce qui m'a aidée, je crois, c'est tout d'abord le soutien sans faille de Glenn, qui ne cessait de me répéter qu'il était fier de moi, que je me débrouillais très bien, que j'étais une bonne mère pour l'hippocampe. Sans lui, je ne sais pas comment je m'en serais sortie. J'en profite pour souligner encore à quel point le congé paternité officiel est ridiculement court. Grâce aux congés gardés exprès par Glenn, nous avons pu profiter d'un mois à trois, et ce n'était pas de trop pour nous apprivoiser mutuellement.

Par ailleurs, j'ai très vite cherché de l'aide. J'aurais voulu me confier à la sage-femme venue me rendre visite dans le cadre du Prado, mais j'ai joué de malchance : la sortie anticipée de la maternité a perturbé l'administration, si bien que je n'ai eu droit qu'à une visite (et encore, elle a failli ne pas pouvoir avoir lieu... On me demandait quand même de mentir à la sage-femme sur ma date réelle de sortie !). Par un coup du sort, la sage-femme a eu un dégât des eaux le jour où elle devait venir. Elle est venue tout de même, mais je pense qu'elle était pressée par le temps : elle a pesé l'hippocampe, a examiné ma cicatrice, et est repartie au bout d'un quart d'heure... Faute d'ouverture de son côté, je n'ai pas osé me lancer et parler de mes états d'âme. En revanche, j'ai craqué et pleuré une semaine après notre sortie dans le bureau de la puéricultrice de la PMI, qui m'a alors orientée vers la psychologue. Je l'ai vue plusieurs fois, et je pense que cela m'a fait du bien. Elle m'a aidée à accepter cette crise et à me montrer plus indulgente envers moi-même.

Enfin, le temps a joué son rôle aussi. Pas seulement parce que je me suis sentie petit à petit plus à l'aise avec l'hippocampe (du reste, à ce niveau, je ne vais pas vous mentir, j'ai encore des rechutes de confiance...). Je crois aussi que les hormones se sont calmées : mes angoisses se sont atténuées, sont devenues moins irrationnelles et moins envahissantes. Ce qui me semblait insurmontable est devenu simplement difficile. Au bout de deux semaines, j'allais mieux, je pleurais moins.

Et puis j'ai écrit, tout comme je continue de le faire ici. Des mots pour exorciser les maux, les mettre à distance, se les approprier, les accepter. Des mots pour avancer.


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