La diversification, l'hippocampe et nous

Un peu perdus entre les diverses recommandations (à ma gauche, l'OMS et ses six mois d'allaitement exclusif ; à ma droite, les allergologues et la diversification dès quatre mois), nous avons commencé à proposer des purées de légumes à l'hippocampe autour de ses cinq mois.
Il faut dire qu'il manifestait un intérêt assez marqué pour ce que nous mangions et, dans l'ensemble, il ne se faisait pas prier pour ouvrir la bouche - au moins pour les deux ou trois premières cuillerées. Ensuite, ça se gâtait un peu : il fermait les lèvres, faisait des bulles et surtout, surtout, cherchait sans cesse à attraper la cuillère, si bien qu'il s'en mettait partout mais mangeait finalement assez peu. L'introduction des fruits en compote n'a pas marqué une grande différence et, malgré le passage des mois, les quantités ingurgitées sont demeurées faibles. Pour nous, il n'était bien sûr pas question de le forcer en quoi que ce soit. Pour me rassurer, je me répétais que le lait était l'aliment principal jusqu'à l'âge d'un an et que, auparavant, les solides tenaient davantage de la découverte. Cependant, je commençais à me fatiguer de préparer des purées et des compotes qui restaient parfois presque intactes, et surtout je m'inquiétais de voir l'intérêt de mon bébé sembler s'émousser.

Et si la diversification traditionnelle ne lui convenait pas ?
 
La question se faisait d'autant plus insistante que le concept de DME, Diversification Menée par l'Enfant, m'a séduite dès que je l'ai découvert. J'aimais l'idée d'un bébé qui explore réellement les aliments, avec tous ses sens, en opposition à cette image du tout-petit qui ouvre passivement la bouche et attend, le regard ailleurs, que son parent y enfourne la cuillère...
Pourtant, plusieurs choses me freinaient :
- Forcément un peu, la peur de l'étouffement. Ce n'est pas évident d'avoir l'impression de prendre un risque pour son bébé.
- La conviction que cela poserait problème avec la nounou.
- Glenn, pas très renseigné, pas très rassuré, et qui appréhendait le carnage que cela serait du point de vue du ménage (spoiler : la suite ne lui a pas vraiment donné tort...).
- Et puis, bêtement, le manque de cadre. Ben oui, la bonne élève en moi se sentait bien plus à l'aise à sortir son Babycook (hérité d'une collègue), ses fruits et légumes bio, son carnet de santé (pour savoir quoi introduire quand), voire sa balance de cuisine... plutôt que plonger dans la liberté (et donc le flou) de la DME !
Mais bon, je continuais de me renseigner, aiguillonnée par le sentiment que cette méthode de diversification conviendrait mieux à mon bébé.

Le mois d'août est arrivé, avec trois semaines de vacances de la nounou. Trois semaines que j'avais également posées, et que j'allais donc passer avec l'hippocampe. L'occasion idéale de tenter quelque chose de nouveau... Et c'est même notre super nounou qui m'a donné le petit encouragement qui me manquait peut-être encore, en me parlant de "cette autre maman qui avait allaité longtemps" et qui "lui donnait des morceaux pour son bébé". Outre le rapprochement qui m'a fait un peu sourire, entre cette maman que je ne connais pas du tout et moi, j'ai retenu l'information cruciale : elle accepterait autre chose que des purées et des compotes !

Alors nous nous sommes lancés. Au mois d'août, à sept mois, l'hippocampe a pris place à table avec nous, dans sa chaise haute. On ne va pas se mentir : ça a été salissant. Des tenues ont été ruinées (jusqu'à ce que les repas se prennent en couche !), et la seule chose qui prenne plus de temps que débarbouiller bébé à la fin de son repas, c'est de nettoyer le carnage sur la table et au sol... Et il y a eu du gaspillage, aussi. Bon, on a redonné et re-re-donné des morceaux tombés au sol (ça lui fera des anticorps... non ?) et j'ai terminé quelques restes, mais certains mélanges restent peu ragoûtants, il faut bien le dire !

Bref, Glenn avait raison d'appréhender et ne s'est d'ailleurs pas privé pour ronchonner. Pourtant, nous n'avons pas fait machine arrière, pour une simple et bonne raison : l'hippocampe s'éclate à manger. Oh, il n'arrive pas toujours à réellement avaler ce que je lui propose : parfois, c'est trop dur à attraper ou manipuler ; parfois, il mâchouille et recrache des miettes ; parfois, il préfère tester les textures, jouer aux essuie-glaces sur la table, expérimenter la gravité. Mais il goûte tout, rigole, babille, trépigne pour avoir sa part... Je ne peux pas jurer qu'il mange PLUS, mais je constate qu'il mange MIEUX. Et, à son âge, ça me paraît fondamental.

Je ne vais pas dire que je n'ai pas hâte qu'il mange un peu plus proprement, avec un peu moins de dégâts. Et, c'est vrai, je me sens parfois un peu perdue quand je cherche quoi lui proposer. Dans l'ensemble, cependant, la conclusion est sans appel : la DME nous a libérés.

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