A la croisée des doutes

Quand je réfléchissais à mon avenir, au moment des choix d'orientation - cruciaux, croyais-je -, je pensais chercher mon métier-de-toute-la-vie. J'ai déjà renoncé une première fois à ce concept en démissionnant de mon poste de professeur des écoles pour me reconvertir en bibliothécaire. Une reconversion qui s'est extrêmement bien passée, tant dans le timing que dans la découverte d'un métier qui m'a énormément plu.

En bref, si on m'avait posé la question il y a un peu plus d'un an, avant la naissance de l'hippocampe, j'aurais dit que j'étais partie pour durer encore longtemps dans ce métier, voire dans ce poste, dans cette équipe, dans cette bibliothèque.

Aujourd'hui je ne sais plus. J'aime toujours ce que je fais. Je vais travailler le cœur plutôt léger. Je m'entends bien avec la plupart de mes collègues. Je m'occupe de projets qui me tiennent à cœur et sont plutôt gratifiants.
Oui, mais.
Mais côté vie de famille, c'est trop souvent difficile. Le cumul retours tardifs en semaine + travail le samedi est pesant, usant. Les transports me prennent beaucoup de temps, même si j'atténue leur impact en utilisant ce temps pour des choses que j'aime (lecture, écriture) : le matin, j'en ai pour une heure et demie, le soir pour presque deux heures (merci la correspondance, le trajet à pied jusqu'à la voiture...).
On se débrouille. On tient même plutôt bien le coup. Mais ajouter un deuxième enfant à ce fragile équilibre ? Je ne vois pas comment l'envisager sans que tout s'écroule.

Alors je ressasse. D'ailleurs, j'en ai déjà parlé ici, preuve que cela m'obsède depuis longtemps.
J'essaie de faire le tour de mes possibles et je me perds dans d'interminables et insatisfaisantes listes de pour et de contre.

Il y a cet autre poste pour lequel j'ai candidaté. Dans ma branche, qui correspond à mon profil, mais plus près de chez moi : je ne prendrais plus le train mais j'en aurais pour 40 min de voiture environ. C'est mieux, même si j'appréhende aussi un peu de conduire autant et de perdre mon temps privilégié de lecture et d'écriture.
Un poste intéressant sur le papier. Reste à savoir comment il se décline en vrai... Mais dans un contexte de restructuration, difficile de le savoir avec certitude.
J'avoue que j'ai peur de l'inconnu. Peur aussi de perdre certains avantages : contact avec l'actualité éditoriale grâce à des achats très réguliers et à un bon budget ; jours de congé nombreux...
Et puis il y a une grosse incertitude du côté des horaires et notamment du travail le dimanche. Pour moi qui rêve de plus de temps avec ma famille, la question est cruciale.
Et par dessus tout ça plane la question à 1000€ : a-t-on le droit d'investir un nouveau poste quand on est une femme et qu'on projette d'agrandir sa famille ?
Le problème, de toute façon, c'est que je ne suis bien sûre pas la seule à avoir candidaté. Les postes de ce type sont rares et donc d'autant plus prisés. Et, pour moi, c'est peut-être une opportunité à ne pas laisser passer...

Et sinon, que faire, que tenter ?

Je pourrais rester dans le même réseau mais changer de bibliothèque pour me rapprocher de ma gare d'arrivée, en réduisant le métro au maximum.
Mais là aussi, les horaires ou le travail le dimanche peuvent coincer.
Et puis j'ai très peur de regretter d'autant plus ma bibliothèque et son fonctionnement que je resterais proche, dans une structure similaire...
Pour le moment, je n'ai pas osé candidater. J'y réfléchirai peut-être de nouveau si ma première piste tombe à l'eau mais, en attendant, je continue de contribuer aux projets de l'an prochain avec un pincement de culpabilité (ou comment avoir une boule au ventre quand un gamin ravi du club de lecture demande s'il aura encore lieu l'année prochaine).

Je pourrais aussi passer le concours de professeur documentaliste. C'est assez proche de mon métier actuel par certains aspects. Justement, je travaille volontiers avec des adolescents. Je lis (avec plaisir) beaucoup de romans écrits pour ce public.
J'aurais moins de liberté dans mes congés, certes, mais plus de vacances. Et, normalement, je ne devrais pas avoir trop de travail à la maison (un des gros problèmes quand j'étais professeur des écoles).
Mais... C'est revenir dans l'éducation nationale, que j'ai quittée avec tant de soulagement. C'est retrouver le milieu clos d'un établissement scolaire, là où j'accueille aujourd'hui des adolescents désireux de venir. C'est retrouver l'ambiance d'une salle des profs, parfois pesante...
C'est avoir peur de rester coincée là, sans savoir encore rebondir, tant il est difficile de trouver quoi faire après prof. Impossible de faire marche arrière une fois titularisée, à moins d'en passer encore par la démission et un nouveau concours...
Bref, je vois les avantages, je mesure les aspects intéressants de ce métier, mais j'ai du mal à me projeter dans ce parcours.

Et il y a peut-être d'autres possibilités, d'autres chemins. J'ai juste du mal à les voir... Mais je les cherche, ça oui.

Dans ma vie rêvée, je reprendrais des études, peut-être à distance, pour me lancer dans la recherche sur la littérature de jeunesse. J'écrirais une thèse, rien que ça !
Ou, encore mieux, je vivrais de ma plume - comme une ridicule proportion d'écrivains en France.

Et vous, vous l'avez trouvé, l'équilibre entre métier et famille ?

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