Petit à petit...

On dit aux jeunes parents de profiter, que le temps passe vite. La vérité, c'est que l'écoulement du temps se ressent comme bien souvent à deux niveaux très différents : on peut trouver si longue la journée en tête-à-tête avec son nourrisson... Si longues et si nombreuses les semaines passées sans une seule nuit complète de sommeil... Si longue l'attente du jour où - le jour où il saura attraper, le jour où il rira pour de vrai, le jour où il marchera, le jour où il parlera... Et puis un jour, on regarde les photos de la naissance, ou bien on croise un tout petit bébé, et ce que les autres ne cessent de nous répéter nous revient en pleine face : comme il a grandi ! Et comme, finalement, c'est passé vite...

Et nous aussi. Nous aussi, nous avons grandi. Tout n'est pas devenu subitement simple, nous nous posons encore des questions, mais sur bien des points nos tâtonnements du début ont laissé place à des petites routines (presque) bien rodées.
Alors, pour m'auto-congratuler de ces progrès, et surtout pour en rire un peu, voici un petit tour d'horizon de ces éléments du quotidien qu'on maîtrise désormais beaucoup mieux...
Les nuits
J'en ai déjà parlé à plusieurs reprises, y compris dans mon précédent article (mais le sommeil n'est-il pas le nerf de la guerre ?). À la maternité, je ne dormais pas car l'hippocampe ne s'apaisait que dans mes bras (ou ceux de son père, mais il nous quittait pour la nuit). Pire, je gardais toujours la lumière allumée... Ce que j'ai également fait la première nuit passée chez nous. La deuxième, j'ai utilisé une veilleuse jusqu'à épuisement de sa batterie... Aujourd'hui, fort heureusement, j'accepte de nous plonger dans le noir et je n'allume la veilleuse qu'en cas de réveil nocturne. Quant au cododo, je me suis largement détendue sur ce sujet... notamment à la suite de nombreux endormissements inopinés, en pleine tétée. Bien sûr, on s'efforce de respecter les règles de sécurité, mais j'ai cessé d'avoir peur de l'étouffement : après tout, de nombreux parents dorment avec leurs enfants partout dans le monde...
L'allaitement
Cela méritera sans doute plus tard un article en soi, mais là aussi les progrès sont notables dans le lâcher-prise... Même s'il m'aura fallu du temps, et même si je continue de noter les heures de tétées : j'ai au moins cessé de noter les durées ou encore de m'inquiéter des intervalles plus ou moins grands, en partant du principe que l'hippocampe prenait ce qu'il lui fallait quand il le voulait. En l'occurrence les tétées sont courtes et l'ont presque toujours été, mais elles semblent efficaces ! Autre grande amélioration dans ma pratique de l'allaitement, l'abandon presque total de la position classique de la madone pour une position dite de "biological nurturing", qui surprend les gens mais qui est bien plus confortable - et apparemment plus facile à gérer pour l'hippocampe. Bref, j'ai arrêté d'être cette bonne élève appliquée et rigoureuse qui tient son petit cahier bien à jour pour laisser place à un peu plus d'instinct.
Le portage
Avec l'allaitement, porter mon bébé m'a beaucoup aidée à me sentir compétente en tant que mère, surtout dans les premiers temps où je manquais si cruellement de confiance en moi. Aujourd'hui je suis plutôt fière de dire que je porte l'hippocampe en écharpe depuis qu'il a 6 jours. Pourtant, cela a plutôt mal commencé puisque notre toute première sortie à trois, l'hippocampe blotti dans le manteau de portage offert par mes parents (donc quand même la tête dehors), a fini sous une véritable averse glacée (c'était au mois de janvier). Nous n'avions évidemment pas de parapluie, donc je tentais tant bien que mal de protéger l'hippocampe avec ma propre capuche tirée au maximum au-dessus de ma tête... Et je pleurais, anéantie de culpabilité ! Autant vous dire que j'ai été plus traumatisée que lui. Heureusement, ça ne nous a pas dissuadés de récidiver, et aujourd'hui je fais rapidement mon nouage sans avoir besoin d'une vérification de Glenn. L'été venant et l'hippocampe grandissant, peut-être vais-je aussi me tourner vers le porte-bébé dans le dos. On verra, mais en attendant le portage ventral en écharpe m'a bien des fois rendu service : pour se promener, pour consoler, pour faire la sieste...
Le bain
La première fois qu'on a donné le bain à l'hippocampe, c'était chez nous : allez savoir pourquoi, nous n'avons jamais eu l'occasion de le donner sous supervision à la clinique... Nous avons fait au mieux mais nous n'avons pas été assez rapides : à la fin, l'hippocampe avait la peau toute marbrée et tremblait. Et moi ? Je pleurais, bien sûr ! La deuxième fois, nous avons voulu nous mettre dans la salle de bains parce que nous pensions avoir moins de mal à chauffer la pièce. En fait, il ne faisait pas beaucoup plus chaud et l'exiguïté des lieux nous a posé souci, à tel point que j'ai... lâché l'hippocampe. Bon, sa tête ne s'est pas retrouvée totalement sous l'eau, mais sa bouche oui, et il a un peu bu la tasse. Alors, bien sûr, j'ai pleuré... Aujourd'hui, nous avons notre petite routine et l'hippocampe est de plus en plus détendu : alors qu'au début il pleurait pendant le savonnage et l'essuyage et restait pétrifié pendant le bain lui-même, aujourd'hui il ne pleure plus qu'à la sortie de l'eau et commence à sourire et s'agiter dans le bain. Et ça, c'est sûr, ça nous fait plaisir !
Je jetterais un voile pudique sur les galères de change, les arrosages automatiques et les projections jaune d'or... Mais dans l'ensemble, là aussi, ça va mieux, même si nous connaissons encore quelques ratés !
En définitive, je pense que l'essentiel de mes angoisses et mes hésitations du début tenait à ce que je croyais l'hippocampe sans doute plus fragile qu'il ne l'était. Le jour où j'ai cessé d'être convaincue que l'habiller trop chaudement ou pas assez était une question à l'enjeu vital, la tension s'est peu à peu relâchée. Mais bien sûr, ce n'est pas venu que de moi : l'hippocampe m'a aidée en grandissant bien, en prenant du poids, en devenant plus expressif.
Je peux le dire, à présent : jeunes mamans, ce qu'on vous dit est vrai. Oui, votre confiance en vous et votre connaissance de votre bébé vont grandir de paire avec le temps. Oui, il viendra un jour où vous arrêterez (presque totalement) de harceler Google ou de compulser vos manuels. Et ce jour-là, finalement, tout ira déjà un peu mieux. Ce jour-là, vous entreverrez quelque chose de joli et fragile - quelque chose qui ressemble à la sérénité.
J'écris cet article aussi pour moi-même, pour la jeune maman d'un second enfant que je serai peut-être un jour. Pour me rappeler que j'ai su faire, alors que je m'en croyais incapable. Pour me rappeler de lâcher prise, aussi vite que je le pourrai. Chère future Lumi, si je peux ajouter quelque chose à ton intention... Surtout, dors avec ton bébé à la maternité : l'épuisement et les angoisses ne font pas bon ménage, crois-moi !

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