Le temps file

Je pose l'hippocampe sur le tapis et, soudain, il tend les bras pour attraper sans effort les jouets qui pendent au-dessus de sa tête - ces jouets qui pendant si longtemps ont paru hors de portée. Il grandit. Il grandit et j'ai du mal à le voir, moi qui pourtant le dévore des yeux chaque jour. On croirait que la nouvelle version de lui-même ne cesse d'effacer l'ancienne dans mon esprit.


J'ai oublié comment c'était lorsqu'il ne gigotait pas encore, lorsqu'il ne gazouillait pas, lorsque ses doigts malhabiles ne savaient pas bien attraper - et puis je croise un tout-petit, à mon travail, dans la rue, dans le train, et je réalise avec un coup au cœur que plusieurs mois ont passé. Que mon grand bébé, un jour, a été aussi minuscule qu'eux. Il reste les photos, bien sûr, et quelques vidéos - mais le reste s'estompe inexorablement, emportant dans son sillage ce que je ressentais à l'époque où chaque jour me semblait si long.
 
Aujourd'hui je sais, je sais à quel point tout passe vite. On nous le dit dès le début, dès la naissance, on nous enjoint de profiter et on ne voit pas très bien comment le faire quand tout paraît si difficile. Je n'ai pas de regret, pas vraiment : je ne crois pas que celle que j'étais aurait pu profiter davantage que je ne l'ai fait. Peut-être, cependant, saurais-je grâce à cette connaissance nouvelle, gravée dans mon cœur et dans ma chair, être une mère plus sereine pour un deuxième enfant. C'est dur mais tout passe, tout passe, et quand on regarde en arrière on a déjà peu oublié ce qui nous pesait tant sur le moment.

Aujourd'hui je n'ai pas perdu mon émerveillement et ma joie de voir mon bébé grandir, mais j'essaie malgré tout de retenir un peu plus de ces jours qui défilent.

Je voudrais imprimer pour toujours en moi
ces deux petites dents de perle si souvent découvertes dans de grands sourires
l'odeur tiède de son cou
les petits plis sur ses bras et ses jambes potelés, son ventre rebondi
sa façon nouvelle de tendre les deux bras vers moi quand nous sommes couchés l'un près de l'autre
ses pieds qui s'agitent, s'agitent, jamais en repos
ses mains qui tournent et retournent, s'étreignent, se relâchent, alors qu'il ne les quitte pas des yeux, fasciné
la manière dont il s'interrompt parfois au milieu d'une tétée pour me regarder, ou regarder son père, et nous offrir un sourire qui dégouline de lait
son poids sur moi après avoir sombré tous les deux au cours d'une tétée nocturne, et son front mouillé de sueur sous mes lèvres
et cet amour qui nous unit tous les trois comme s'il avait toujours été là


Je ne me laisse pas submerger par la nostalgie, mais je me demande quand même - qu'éprouve-t-on quand on ne peut plus se consoler en caressant l'idée du bébé d'après ?

Commentaires

  1. C’est tellement vrai ce que tu écris, oui ça passe vite et oui malgré les photos, les écrits, les vidéos, on retient si peu. Mais finalement même la deuxième et peut-être dernière fois on arrive à s’en consoler en imaginant encore toutes les si belles choses à venir ensemble. Et puis aller j’avoue on finit par être content aussi de voir le bout du tunnel des couches, des pleurs inexpliqués, et des nuits hachées ;) .

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    1. Ah ah, j'avoue que cet argument me parle :)

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