Histoire d'un co-allaitement

Vous commencez à le savoir si vous me lisez depuis longtemps : s'agissant de l'allaitement, je n'ai pas planifié grand-chose. D'abord partie pour allaiter l'hippocampe, si possible, "jusqu'à la reprise du travail à trois mois, et puis on verra", je me suis surprise à décider de tirer mon lait pour prolonger "au moins jusqu'à six mois et on verra", puis "jusqu'à un an et on verra", puis "jusqu'à deux ans et on verra"...
Bon, ben on a vu : l'hippocampe a trois ans et trois mois et il tète encore.
 
 
Mais je ne m'étais pas du tout projetée dans un allaitement long dès le début. En réalité, j'ai suivi (avec le soutien de mon mari) deux principes de base, qui nous ont menés là :
1) Tant que ça fait du bien au bébé/bambin/à l'enfant ET à la maman... On continue. Peut aussi se décliner en : Tant que son besoin est plus intense que mon inconfort, je continue (mais à vrai dire j'ai rarement ressenti de l'inconfort pour ma part).
2) La FLEMME. Oui oui, c'est un principe... La flemme de gérer des biberons quand il est si simple de sortir un nichon. La flemme d'entreprendre un sevrage avec de qu'il comporte de négociation et de difficultés quand l'envie n'est pas si forte (cf point 1). La flemme, quoi, qui pousse à atteindre une évolution naturelle plutôt que de se lancer dans un plan d'attaque plus ou moins gagnant.

C'est donc en suivant ces deux principes que je me retrouve dans la situation suivante : cela fait déjà neuf mois que je co-allaite.

D'abord, il y a eu l'allaitement pendant la grossesse
À vrai dire, je caressais vaguement l'idée de commencer à induire un sevrage en réduisant le nombre de tétées à partir des deux ans de l'hippocampe... Mais je suis tombée enceinte un mois avant et je me suis retrouvée clouée au canapé, la tête dans un seau. Dans ces conditions, nos moments de tétées ont été aussi précieux à l'hippocampe qu'à moi : je ne pouvais plus faire grand-chose avec lui, mais lui donner le sein restait dans le champ des possibles. Il y a donc eu droit chaque fois qu'il le demandait, même si j'ai écourté à une ou deux occasions pour vomir...
Petit à petit, je suis allée mieux, et l'hippocampe a réduit lui aussi progressivement sa demande (rassuré, il me semble, de me savoir toujours disponible pour lui). C'est même à cette époque qu'il a commencé à faire régulièrement des nuits complètes.
Dans le même temps, mon lait s'est plus ou moins tari. L'hippocampe ne s'en est jamais plaint mais a continué de téter. J'imagine quand même que cela a joué dans l'espacement de ses demandes puisqu'on est arrivés alors à seulement trois tétées par jour (matin, sieste et coucher) puis deux (matin et coucher).
La situation me convenait ainsi, mais je précise que j'ai eu la grande chance de ne pas éprouver de réelle douleur : un peu en début de grossesse, puis ça s'est estompé, et surtout c'est en général resté limité aux premiers instants de la tétée. J'ai également été plutôt épargnée par les hormones car je sais que certaines mamans éprouvent un vif rejet pour leur bambin qui tète encore. Ça arrive, et ça ne doit pas être facile à vivre !

Et puis l'axolotl est née
L'hippocampe et moi avons été séparés pendant 3 nuits et un peu plus de deux jours. Évidemment, il n'a pas tété pendant ce temps.
De mon côté, j'ai eu très vite beaucoup de colostrum. La montée de lait s'est faite sans problème notable. En fin de compte, j'ai eu l'impression que l'usine n'avait jamais vraiment fermé, et que l'hippocampe en continuant de téter avait préparé la production pour sa sœur ! De plus celle-ci tétait bien. Lorsque nous sommes sorties, alors qu'elle avait deux jours, j'étais donc sereine à ce niveau.

La situation s'est un peu compliquée à mon retour à la maison, car l'hippocampe voulait téter dès qu'il voyait sa sœur le faire.
Or j'ai été cette fois-ci moins épargnée par les hormones : je n'avais pas envie de le rejeter (là encore, ça peut arriver) mais je m'inquiétais à l'idée que l'axolotl puisse manquer de lait. Je me sentais mal lorsque l'hippocampe arrivait à déclencher une montée de lait, car j'avais peur que ce lait manque ensuite à sa toute petite sœur et qu'elle ait plus de mal à en obtenir.
Néanmoins, j'avais conscience que l'hippocampe avait besoin de ces moments. Un peu comme en début de grossesse, c'était pour lui un moyen de s'assurer que sa maman était toujours disponible pour lui. Une régression bien compréhensible après notre première vraie séparation...
D'ailleurs, mes parents n'ont rien arrangé quand ils lui ont dit qu'il était trop grand pour téter, à présent... À leur décharge, ils le croyaient déjà sevré, car il y avait longtemps qu'ils ne l'avaient pas vu faire !
Reste qu'il était difficile pour moi de le voir revenir à un rythme de nourrisson alors que les deux tétées quotidiennes me convenaient parfaitement. On est alors arrivés à un compromis : je ne refusais pas ses demandes en journée, mais je limitais à 5 secondes par sein, en comptant à voix haute. Au réveil et au coucher, il avait droit à une tétée plus longue, que j'écourtais (plus ou moins vite, selon mon état d'esprit) en comptant jusqu'à 5 là aussi. Il l'a vraiment bien accepté et respecté et ça nous a tous aidés à retrouver de la sérénité.
Au bout d'un moment (deux mois peut-être ?), ses demandes en journée se sont faites plus rares. Je pense qu'encore une fois ces moments avaient rempli leur office : le rassurer. Mais il y revenait quand même lorsqu'il était en demande d'attention ou lorsqu'il s'ennuyait.

Et il a eu trois ans
Quelques semaines avant, j'ai préparé le terrain : à trois ans, il ne tèterait plus en journée, mais seulement dans le lit (il ne faisait déjà plus la sieste, j'y reviendrai peut-être). Ses demandes étaient alors si rares que ça me semblait largement supportable pour lui, mais j'avais besoin, moi, de formaliser cette règle.
Le jour J est arrivé, il a été gâté. Il a réclamé quelques fois, il me semble, mais la négociation n'a pas été trop rude. Encore un cap de passé !

Nous en sommes encore là aujourd'hui. Deux tétées par jour, invisibles socialement (ça a son importance, tant les allaitement longs sont loin d'être la norme et véhiculent leur lot de préjugés), auxquelles il est extrêmement attaché. Pour le moment, ça me convient ainsi : on ne bouge plus. J'espère que le prochain pas viendra de lui, mais je ne suis pas sûre d'être capable de l'attendre encore des années. Peut-être essaierai-je d'induire encore une réduction autour de ses trois ans et demi (qui approchent à grands pas)... ou de ses quatre ans. On verra : je ne me projette plus sur rien !

Et le "vrai" co-allaitement, alors ?
Je veux parler ici des tétées partagées, censées représenter le summum de la complicité. J'avoue que c'est quelque chose qu'on a très peu pratiqué, tout simplement car je préfère me consacrer exclusivement à l'enfant qui tète. Chacun a ainsi son moment à lui, pour faire le plein de maman. Mais c'est un ressenti tout personnel, bien sûr...

Je crois avoir fait le tour de la question en ce qui nous concerne aujourd'hui.
Si vous avez d'autres interrogations, ou des témoignages à partager, n'hésitez pas ! 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Reconversion : bilan un an après

Naissance d'une axolotl (partie 2)

Vacances à trois