Être une maman qui travaille

Il va bientôt y avoir trois mois que j'ai repris le travail à temps plein, à une bonne heure de transports en commun de chez moi. À l'origine de ce choix, il y a d'abord eu la contrainte financière : nous faisons construire une maison, nous nous endettons sur vingt-cinq ans et les frais imprévus ne manquent pas... Ce n'était pas vraiment le moment de se passer d'un salaire qui, sans être mirobolant, dépasse quand même largement les aides de la CAF en cas de congé parental (même en déduisant les frais de garde). Quant au temps partiel, j'avoue que je ne l'ai pas vraiment envisagé : je pense que ça aurait risqué de compliquer notre recherche d'une nounou (nous aurions cherché pour 3 jours seulement, au lieu de 4) et ma reprise du travail. Quitte à retourner au travail, je n'aurais pas voulu me sentir en décalage avec mes collègues, "sur la touche"... Reprendre à 100% m'a aidée à retrouver plus vite ma place et ma motivation.
Mais du coup, quel bilan après 3 mois ?


Tout n'est pas facile, évidemment :
- Même si la sensation s'est allégée avec le temps, il reste souvent l'impression de mener deux existences parallèles : quand je suis au travail, plongée dans mes tâches, l'hippocampe s'éloigne... C'est peut-être pour cela que, pour l'instant, j'ai du mal à envisager d'arrêter de tirer mon lait : cette pause me permet de me reconnecter à mon bébé, à la maman en moi.
- Le rythme n'est pas toujours évident, ni pour moi, ni pour l'hippocampe... Et ni pour son papa, d'ailleurs ! Je rentre à 20h passées deux soirs par semaine. Pas facile de caser ensuite la tétée, la purée, le change avant le coucher... Parfois l'hippocampe a trop faim et Glenn lui donne un biberon, mais la plupart du temps il m'attend. Le problème, c'est que j'ai peur que ça nuise à ses rythmes de sommeil, mais je ne vois pas trop comment éviter ça pour le moment. Autre épreuve, le samedi que père et fils passent ensemble, sans moi... Ça s'est parfois mal passé, avec beaucoup de pleurs pour l'un, beaucoup de fatigue, d'inquiétude et de culpabilité pour l'autre. Ces dernières semaines, cela dit, ces journées à deux ont été plus paisibles. Pourvu que ça dure !
- Le sommeil et la fatigue : il y a des jours où le réveil pique, c'est indéniable. Il faut dire que l'hippocampe n'est pas un gros buveur chez sa nounou et se rattrape logiquement la nuit. Cela dit, je tiens plutôt bien le coup. Ma plus grosse faiblesse reste les réveils qui s'éternisent... Heureusement, cela n'arrive pas chaque nuit.
- Le gros point noir, de manière générale, c'est le temps. Je travaille 38 heures par semaine, à une bonne heure de transports de chez moi (plus ou moins selon les correspondances). On a à peu près trouvé notre petite routine mais ça reste, en semaine, une course permanente. Et le weekend, notre seul jour à trois ne suffit pas à tout ce qu'on aimerait (ou devrait) faire...
En conséquence, je me sens souvent débordée, et j'ai l'impression de ne jamais en faire assez. J'essaie désespérément de réussir sur tous les plans : mère, épouse, travailleuse, sans oublier mes projets personnels... Mais c'est sans doute voué à l'échec.
Et quand j'essaie de me renseigner pour, par exemple, améliorer les siestes ou le sommeil nocturne de l'hippocampe, je me retrouve souvent à penser (non sans un pincement au cœur) que les conseils que je lis s'adressent souvent à des mamans au foyer, qui peuvent respecter le rythme de leur bout de chou et décider de leur emploi du temps (presque) à leur convenance. En voyant mon bébé deux jours pleins par semaine et quelques heures chaque soir, ce n'est pas mon cas...

Mais bon, le tableau n'est pas non plus tout noir, heureusement :
- Je suis contente d'avoir retrouvé mon travail, mes collègues. J'ai la chance d'aimer mon métier donc, même si j'ai toujours le cœur un peu serré au moment de laisser mon petit hippocampe, je ne pars pas non plus la boule au ventre, et les journées se déroulent bien. C'est une chance dont j'ai vraiment conscience.
- Autre point très positif, tout paraît bien se passer avec la nounou. Le contact est bon, elle est gentille et arrangeante. Une part de moi continue de trouver peu naturel de laisser son bébé à une autre... Mais chez elle, il côtoie d'autres enfants, lui qui est notre premier-né, et le tout premier de sa génération de mon côté de la famille. Je me concentre donc sur ce que ça lui apporte, et non sur ce que ça lui retire...
- Je cours après le temps, oui, mais j'en ai un peu plus pour moi : le temps de transports m'appartient... Je lis de nouveau, je joue parfois, je rédige un article de blog quand l'inspiration est là... Je renoue aussi avec des projets personnels, notamment d'écriture. Et je crois que cela m'aide à être une meilleure maman pour l'hippocampe quand je le retrouve.
- Meilleure... mais pas parfaite : être une maman qui travaille, c'est aussi devoir accepter que je ne pourrai pas tout gérer à 100%. J'essaie, évidemment – comme déjà mentionné dans les points négatifs, j'ai du mal à lâcher. Mais je sais que la barre est trop haute et cela m'aide, finalement, à me montrer plus indulgente envers moi-même.
Il n'empêche que j'ai hâte d'être en vacances... et que je suis un peu triste de me dire que d'autres impératifs, liés surtout à la maison, vont encore m'empêcher de profiter pleinement de mon hippocampe.

Le temps passe si vite... Mais toutes les mamans, qu'elles travaillent ou pas, seront d'accord avec moi, je crois.

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