L'impossible équilibre

Je suis une maman qui travaille à temps plein.
Je suis une maman qui travaille loin de la maison, qui prend le train matin et soir cinq jours par semaine.
Je suis une maman qui laisse son petit pour douze heures, trois jours par semaine. Pour onze et dix heures les deux jours restants.
Je suis une maman qui ne verra presque jamais ses enfants le samedi.

Je savais que ce serait comme ça mais je me rends compte que je ne m'habitue pas tellement à ces idées. On prend le rythme, bien obligés. On serre les dents et on profite, en semaine, des rares respirations. Mais ça reste difficile. Ça reste compliqué.
Souvent, trop souvent, je mets mon hippocampe au lit à une heure bien trop tardive, puis je me couche moi-même deux petites heures après mon retour à la maison, sans avoir pris cinq minutes pour moi ni même mon mari : la courte soirée défile comme un tunnel, tétée-dîner-douche de l'hippocampe-change de l'hippocampe-coucher de l'hippocampe-vaisselle du tire-lait-douche de maman-dodo. Bon, certes, on s'accorde le luxe de manger tous ensemble - mais cela me culpabilise souvent car je ne suis pas sûre de respecter au mieux les rythmes de mon bébé, que je voudrais coucher tellement plus tôt...
J'aime mon métier, mais je sens aussi que cette situation commence à ronger tout doucement le plaisir que je trouve à aller travailler.
De plus en plus, je me surprends à réfléchir à l'avenir, à chercher des alternatives, à ne plus me projeter aussi facilement qu'avant la naissance de l'hippocampe.
Ce n'est pas simple. J'ai tellement de chance d'être où je suis, moi qui ai déjà gagné cette place au terme d'une reconversion hasardeuse, risquée. Et puis tant de petits avantages m'attachent à mon lieu de travail... Ne dit-on pas, bien souvent, qu'on sait ce qu'on quitte, mais pas ce qu'on trouve ?
Et si je changeais pour moins bien ? Et si je changeais pour vraiment pire ? Existe-t-il seulement une solution à cette équation complexe qui consiste à vouloir faire tenir plusieurs journées en une ?
Pourtant je ne me satisfais pas de ma situation actuelle. Mon esprit ne sait pas se taire, ne sait pas se résigner, et ressasse sans cesse les mêmes données. Je parlemente avec moi-même, je calcule, je tire des plans sur la comète et j'empile des "et si" boiteux. Je retrace les contours de métiers que j'aurais pu faire, si... Qui auraient pu me plaire, si...
Je ne sais pas où tout ça me mènera. Peut-être que tout ça s'apaisera de lui-même. Et peut-être aussi qu'il faudra accepter de tout changer (encore).
Et de temps en temps, je rêve d'un monde qui ne m'oblige pas à tout concilier...

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