Un nouveau chemin

La première fois que l'idée m'a traversé l'esprit, elle n'a pas suscité un enthousiasme démesuré de ma part. Et puis le temps a passé. J'ai fait le point sur ma situation professionnelle, sur ce que j'aimais, sur ce que je voulais changer. Je me suis renseignée. Et, finalement, je me suis inscrite récemment au CAPES de documentation, pour une deuxième reconversion.



Aujourd'hui je me sens plutôt en phase avec ce projet. Je crois que j'ai mûri depuis mon entrée dans la vie active : j'ai admis qu'il n'existait pas de métier idéal dans l'absolu, qu'il fallait composer avec ses contraintes, ses valeurs, ses priorités, et aussi que celles-ci pouvaient changer au cours du temps.
Néanmoins, il y a longtemps que j'ai envie de rédiger un article sur la question, qui me permette de faire le point sur ce que je perdrai et sur ce que je gagnerai (en cas de réussite au concours, bien sûr, ce qui n'est pas gagné non plus !).

De mon métier actuel (bibliothécaire jeunesse), je regretterai surtout :
- la diversité des publics : enfants de tous âges, mais aussi parents. C'est varié et vivant. Je ne pourrai notamment plus travailler en relation avec la petite enfance et ça, c'est un vrai regret, car depuis la naissance de l'hippocampe je me suis beaucoup plus ouverte à cet aspect passionnant de mon métier. Cette variété se retrouve aussi dans le regard sur l'édition, sur les nouveautés. Mon champ va considérablement se rétrécir, même si je pourrai l'entretenir à un niveau personnel...
- le travail en équipe : j'appartiens à une équipe de 6 personnes et l'ambiance est bonne dans l'ensemble. Les sessions de rangement systématique, d'équipement ou de réparation des livres sont quand même plus agréables à plusieurs... Bien sûr, le professeur documentaliste n'est pas forcément isolé (ce n'est pas souhaitable) mais sa situation n'est pas la même. Je crois que porter des projets avec d'autres professeurs lui demande souvent un certain investissement.
- la liberté (relative, mais on s'entend) dans la prise de congés. J'ai un nombre de jours de congé dont je ne peux décemment pas me plaindre, et surtout je peux les poser quand ça m'arrange (sous réserve des nécessités du service, bien sûr).
- le lundi libre, assez idéal pour caser tous les rendez-vous médicaux, pendant que tout le monde se bat pour le samedi (en contrepartie, plein de trucs sympas sont fermés le lundi, cela dit).
- le cadre d'un établissement culturel et non scolaire. Où le public n'est pas captif. Où, sur la pause déjeuner, les conversations ne tournent pas en boucle sur les mêmes enfants terribles. Où je peux travailler en partenariat avec l'éducation nationale sans en faire partie.

Mais dans mon, j'espère, futur métier, je vais gagner :
- une nouvelle liberté, avec bien sûr d'autres contraintes, mais un côté "capitaine à bord" sans être chef de qui que ce soit qui pourrait ne pas me déplaire. C'est aussi un métier qui permet de construire des projets variés et en cela je devrais y trouver mon compte.
- un contact privilégié avec des adolescents. Bon, croyez-moi, je suis très consciente du revers de cette médaille, mais il se trouve que les thématiques ados, la littérature ado, les enjeux de l'éducation des ados, tout ça me parle énormément. Dans ma bibliothèque je suis créatrice et co-responsable du club de lecture des 12-16 ans. C'est un public volontaire, évidemment, mais le courant passe bien.
- la possibilité de donner des cours mais pas trop. Cela dépend des établissements, des relations avec le reste de l'équipe. Dans tous les cas ce n'est pas un temps plein. Cet entre-deux pourrait bien me convenir, moi qui aimais enseigner mais qui me suis pris de plein fouet une charge de travail énorme (être prof quand on est perfectionniste... Surtout professeur des écoles, je crois... Mauvaise idée).
- un emploi du temps nettement plus compatible avec la vie de famille. Ben oui, on y vient. Pour être franche c'est la motivation d'origine, mais sans les points du dessus je ne crois pas que je me lancerais. Mais voilà : moins d'heures, plus de travail le samedi, et les vacances scolaires. Il n'y a pas photo...
- un meilleur salaire. Oh, ce ne sera pas mirobolant, mais je retrouverai un statut de catégorie A alors que je suis actuellement catégorie B. C'est loin d'être en tête de mes arguments pour mais c'est toujours bon à prendre...

Mon regard sur cette nouvelle reconversion a finalement beaucoup évolué. J'ai cessé d'y voir un renoncement, un retour en arrière, comme si je tirais un trait sur un métier qui pourtant me convient parfaitement.
Quelque part je me dis que mon parcours garde un certain sens, entre l'éducation et la culture, l'enseignement et les livres.
Et surtout, comme dit en introduction, j'ai cessé de croire au métier de rêve qui dure toute la vie. Parce que la vie change, la vie bouge.
Lors de ma première reconversion, je voulais à tout prix trouver ma voie, solutionner cette crise existentielle qui m'avait fait tant de mal.
Cette fois j'ai conscience de chercher à ménager différents intérêts, différents besoins. Et je m'autorise à m'engager dans un projet qui ne sera pas éternel. Peut-être que je bifurquerai de nouveau dans 10, 15 ans. Et ce ne sera pas grave. Ce sera même très bien.
Car ma première erreur de parcours et surtout ma première reconversion réussie m'ont apporté un cadeau inestimable : j'ai appris à rebondir. Aujourd'hui je me fais confiance pour le faire encore une fois.
Mon métier ne me définit pas, et ma vie ne se limite pas à lui.
Et surtout je suis capable - et en écrivant ces mots, croyez-moi, je mesure le chemin parcouru.

Et vous, quel regard portez-vous sur votre parcours professionnel ?

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