Le choix

Je croyais que ce serait plus facile.
Après tout, nous avons déjà la chance d'avoir un enfant en bonne santé. Un petit garçon malicieux qui fait chaque jour notre bonheur.
Et c'est vrai, bien sûr, que la douleur ne peut en sembler que moins vive.

Mais si je désire un second enfant, ce n'est pas comme la cerise sur le gâteau. Si c'était le cas, je crois que je ferais mieux de m'abstenir, non ?
C'est un désir à part entière. Irrationnel et impérieux. Et dans son sillage s'engouffre une multitude de petits deuils.

Pas de bébé surprise pour nous. Pas de bébé "retour de couches", sans même avoir besoin de ressortir sa coupe menstruelle. Pas de bébé planifié, qui arrive au moment où on l'a décidé, calculé. Et pas non plus de bébé qui s'installe rapidement, sans même qu'on ait encore commencé à compter.

Voilà, des petits riens, des petites blessures, mais qui s'accumulent et qui m'ont fait fondre en larmes au matin de mes 29 ans.

D'après l'application installée sur mon téléphone, mes règles devaient arriver justement ce jour-là. Pour ne pas passer ma journée à les guetter, au risque d'être saisie par la déception à un moment inapproprié, j'ai décidé de faire un test au réveil. Test qui, bien sûr, s'est avéré négatif, et qui a rejoint ma planque sous le lavabo.

(Petite parenthèse : je n'ai fait qu'un test positif de ma vie, pour l'hippocampe (ce qui est en soi une chance, j'en conviens). Cette fois-là, je savais déjà, sans vraiment me l'expliquer. Ne pas avoir retrouvé cette sensation ne m'a pas empêchée de faire 3 ou 4 tests depuis sa naissance. Et oui, je les planque sous le lavabo. Je ne les assume pas, ces espoirs déçus, ces illusions naïves - d'ailleurs Glenn n'est même pas au courant de leur existence)

Ce jour-là, après la course habituelle des préparatifs matinaux - course que nous avons perdue, au passage, on a raté le train - j'ai éprouvé le besoin de faire le point avec Glenn.
Car oui, dans la balance, cette fois, il n'y a pas que ce désir inassouvi. Il y a l'avenir que nous nous sommes dessiné, notamment à travers ma réussite au concours. D'après mes calculs, ce cycle était le dernier à pouvoir garantir à peu près la coexistence de ces deux projets, une nouvelle maternité et ma reconversion. À partir de ce jour, une grossesse pourrait m'empêcher de réviser correctement, voire de me présenter au concours dans de bonnes conditions - ou tout court (je rappelle que j'ai été extrêmement malade pour l'hippocampe, autant dire que je crains un chouïa la récidive). Si je suis reçue, elle pourrait aussi m'obliger à un report de stage ou une prolongation (je ne connais pas précisément le cadre mais je sais qu'une amie s'est vue prolonger faute d'avoir passé suffisamment de temps en poste).
Nous avons donc passé en revue les possibilités, les "Et si...".
Pour Glenn, la réponse ne fait aucun doute : il préfère poursuivre les essais, car il tient plus à ce second enfant qu'à ma reconversion. Le problème, c'est que dans le même temps il reconnaît qu'il serait impossible de gérer avec deux ce que nous avons jusque-là géré parfois difficilement avec un. Si je tombe finalement enceinte sans être admise au concours, il faudra donc chercher de toute urgence un plan C, compatible avec les contraintes financières fortes qui pèsent sur nous (le congé parental, on oublie...).
On ne peut pas dire que je me sente sereine à cette idée. Mais j'ai éprouvé une telle tristesse à l'idée de suspendre nos essais que je crois que c'est malgré tout la meilleure mauvaise décision à prendre. Celle qui convient à nos cœurs faute de convenir à notre situation.

J'ai séché mes larmes, ressorti mes livres de révisions (au moins, j'ai une prise relative sur cet aspect du problème, alors...).
On va continuer comme avant, et on verra bien.
Mais pour moi qui aime tout planifier, c'est vrai, c'est difficile.
Et je crois que, égocentriquement, j'en veux un peu à la vie de m'avoir placée face à ce choix-là, de ne pas m'avoir permis de tout avoir sans me poser de questions.
Une nouvelle reconversion menée tambour battant, et un nouveau bébé avant mes 30 ans.

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