La 584ème nuit

L'hippocampe est né au milieu de la nuit.

Il y a eu les nuits à la maternité, alors qu'on tentait de s'apprivoiser et que je désespérais de pouvoir redormir un jour.

Il y a eu les nuits à la maison, dans le lit à barreaux collé au lit parental, d'abord côté fenêtre puis, par crainte des courants d'air, côté couloir (j'ai changé de côté du lit par la même occasion). La première nuit, je n'ai pas pu me résoudre à éteindre la lumière. La deuxième nuit, j'ai gardé une veilleuse. Plus tard, je me suis contentée d'allumer la veilleuse au moment des réveils nocturnes. Plus tard encore, ayant appris à allaiter semi-allongée, j'ai pu à peu près tout faire dans le noir (tant qu'il n'y avait pas de couche à changer).
Je me rappelle que je me redressais pour attraper l'hippocampe dans son lit, puis que je me pliais en deux pour le reposer. Parfois, il se réveillait et je lui donnais mon doigt à téter à travers les barreaux.

Un jour, on a pris la décision d'enlever un côté de son lit pour créer un vrai espace de cododo. Cette décision m'a fait énormément de bien, tout d'abord parce qu'elle était le signe que je mettais enfin de côté les angoisses paralysantes qui ont entravé mes débuts de maman. Ce cododo, cet espace où mon bébé pouvait se coller à moi tant qu'il voulait (et réciproquement), sans barrière entre nous, c'est exactement ce qu'il nous fallait, ce qui convenait à notre relation. Et puis côté sommeil (surtout le mien), je crois aussi que ça a été salvateur.

Il y a eu plus de 365 nuits comme ça.
Autant de nuits où, écoutant le souffle de Glenn à ma droite et celui de l'hippocampe à ma gauche, je me savais entourée des deux êtres que j'aimais le plus au monde.
Parfois, du bout des doigts, je cherchais la main de l'hippocampe. Je la trouvais entrouverte, comme une fleur tiède, délicate, et je l'effleurais pour ne pas le réveiller.
D'autres fois, c'est lui qui venait contre moi. Je me retrouvais au milieu du lit, au grand dam de Glenn, tandis que l'hippocampe ronflait doucement sur mon oreiller. Ou je me réveillais avec une lourde tête sur mon ventre, sur mon bras.
On ne va pas se mentir, il y a eu quelques ratés. Deux chutes mémorables, en pleine nuit, notamment, mais il y a eu heureusement plus de peur que de mal et on a pris des mesures pour que ça ne se reproduise pas.
Ce n'est pourtant pas ça que je retiendrai mais bien le bonheur de se réveiller près de lui, de voir son grand sourire quand il ouvre les yeux et nous aperçoit, sa manière de grimper sur moi pour prendre la tétée.
Je retiendrai son odeur, ses fins cheveux de bébé, ses caresses sur ma joue, son front sous mes lèvres. Les petits bruits de son sommeil, ses soupirs, ses gémissements, vite interrompus alors que dans un demi-sommeil je le guidais vers mon sein.

Et puis nous avons réaménagé sa chambre en y montant un lit au sol, un lit de grand. L'idée était de profiter des vacances pour qu'il s'habitue à y faire ses siestes (nous avions grand besoin d'un nouveau rituel car ça ne ressemblait plus à rien). Je ne voulais pas parler des nuits. Je disais "On verra", je disais "Ça dépendra de lui".
De fait.

La 584ème nuit de sa vie, l'hippocampe l'a passée, à son initiative, dans sa chambre, dans son lit.
La 584ème nuit, et toutes celles qui ont suivi.

Il était prêt.
Nous, peut-être un peu moins. Ça nous a fait drôle de nous retrouver seuls si subitement. La première nuit, j'ai pleuré en me couchant près du petit lit vide. La deuxième encore un peu.
On s'y habitue pourtant doucement. Je me réveille un peu moins. L'hippocampe aussi.
Je suis fière de lui, mon petit garçon qui grandit.
Peut-être y aura-t-il des retours en arrière, en période de cauchemars ou de maladie. Mais pour le moment, le cododo paraît bien révolu : c'est l'hippocampe qui en a décidé ainsi, et cela me paraît la plus douce des façons de tourner cette page tant aimée.

Commentaires

  1. Oh c’est un article si émouvant ! Ici aussi depuis début mai (donc ses presque deux ans...) Charles dort dans la chambre d’enfants et même si je commençais à avoir hâte ça m’a fait bizarre. En revanche il continue de me rejoindre vers 4-5 heures du matin (heureusement ;) ).

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    1. Merci pour ton commentaire ! C'est sûr que c'est une étape... Ici il reste dans son lit mais les nuits sont compliquées depuis ma reprise donc il m'arrive d'en passer une partie avec lui... Heureusement que c'est un grand lit !

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