Ce n’est pas parce que c’est un deuxième que tout est plus facile

C’est quelque chose qu’on entend souvent, me semble-t-il : c’est un deuxième, c’est plus facile. Les parents sont supposés être plus confiants et sereins. Les premières semaines de la vie d’un bébé, parfois si rudes à traverser pour un couple qui accueille son premier enfant, seraient ainsi plus paisibles.

Alors, vrai ou faux ?

L’axolotl a aujourd’hui cinq mois (et nous jetterons un voile pudique sur le fait que j’ai commencé cet article quand elle en avait trois et demi), j’ai donc un peu de recul. Et je dirais qu’en ce qui nous concerne la vérité se situe entre les deux.

C’est vrai, nous avions l’expérience de notre premier enfant. Cela fait une grande différence sur les gestes de soin : changer les couches, enfiler de minuscules vêtements, rien de tout cela ne m’a fait peur. Je suis même capable de donner un bain seule à l’axolotl, quand nous étions systématiquement deux pour l’hippocampe (ce qui ne l’a pas empêché de boire la tasse pour son deuxième bain à la maison…). Je n’ai pas non plus rencontré de souci pour mettre l’axolotl au sein et mon allaitement a tout de suite très bien démarré (bon, le fait que l’usine n’a jamais vraiment cessé de fonctionner a pu aider…). L’axolotl sur un bras, j’arrive à faire beaucoup plus de choses qu’avec l’hippocampe au même âge.

Oui, mais…

Je ne parle toujours pas le langage du nourrisson.

Ce tout petit être qui m’a habitée pendant neuf mois mais que je ne connais pas encore vraiment. Cette petite chose vulnérable qui pleure sans que je sache pourquoi, malgré toutes les questions que je me pose et tout ce que je tente pour que ça aille mieux.

A-t-elle mal au ventre ? Est-ce que c’est normal, ce bruit qu’elle fait lorsqu’elle dort ? Reflux normal ou pathologique ?

Vous savez le pire ? Ce sont les mêmes questions qui me hantaient pour l’hippocampe… Clairement, être maman pour la deuxième fois ne m’a pas transformée en experte pour autant.

Il reste vrai que je me suis moins laissée gagner par l’inquiétude – et heureusement, puisque je suis sortie à J2 et qu’on s’est alors retrouvés plus ou moins livrés à nous-mêmes. Même face au teint d’un jaune suspect de l’axolotl, je n’ai pas paniqué… Et tout a fini par rentrer dans l’ordre.

Oui, mais…

Ce n’est pas le même bébé. Il lui ressemble. Ou pas.

(En ce qui concerne l’hippocampe et l’axolotl, je n’ai toujours pas vraiment tranché : il est né blond, elle est née brune. Elle tend à s’éclaircir mais ne sera certainement pas rousse comme lui. D’ailleurs… Elle a encore des cheveux ! Alors que lui avait quasiment tout perdu à son âge (et n’a toujours pas rencontré les ciseaux du coiffeur, à trois ans passés). En revanche, je crois bien qu’ils auront les mêmes yeux bleus)

Mais mon propos ne concerne pas le physique. Plutôt toutes ces petites astuces qu’on a mises au point jour après jour pour prendre soin de notre aîné. Et qui marchent avec le cadet… Ou pas.

Comme quoi on devrait toujours accompagner nos conseils en parentalité d’un avertissement « Ce qui marche avec MON bébé, c’est... » car NON, décidément, il n’y a pas de recette infaillible.

Ainsi je couche l’axolotl vers 19h tous les soirs quand l’hippocampe veillait volontiers jusqu’à 21h… voire 22h. Et je la pose aussi plus facilement pour les siestes. Super, me direz-vous ? Oui et non, car les siestes en question n’excèdent jamais 30-40 min, même en portage, même sur moi (alors que cette configuration fonctionnait à merveille avec l’hippocampe).

En revanche, pour le côté hibou qui se réveille pendant une heure ou plus si affinités la nuit, là pas de problème : j’ai fait deux fois le même bébé.

Oui, mais…

Ce n’est pas forcément un bébé « plus facile » ! J’ai beaucoup entendu ça, souvent en corrélation avec la plus grande sérénité de la maman.

C’est une idée reçue dangereuse, car elle peut nourrir de grandes déceptions. Des cadets plus difficiles, ça existe – et ce n’est pas forcément lié aux angoisses de la maman.

Du côté de l’axolotl, comme dit plus haut, elle est globalement plus facile à vivre au niveau du sommeil – mais c’est encore loin du bébé des publicités, hein. Et elle n’est pas spécialement calme. Elle a gardé son côté banshee et maîtrise toujours aussi bien le cri-qui-tue. On en fait parfois douloureusement les frais. Autour de ses quatre mois, je me suis dit qu’on allait vraiment en baver – et puis deux dents ont percé et depuis, ça va mieux. C’est sûr qu’on est moins cool quand on souffre, hein !

Alors on verra. Mais non, je ne crois pas que l’axolotl soit vraiment « plus facile ». Ce n’est juste… pas le même bébé, eh oui, encore.

Oui, mais…

Il y a l’aîné. Un aîné qui, quel que soit son âge, a encore besoin de nous. Un aîné susceptible de traverser une vraie tempête d’émotions à la naissance de ce nouveau-venu dans la famille.

Je peux le dire : les premières semaines, les difficultés occasionnées par la gestion de deux enfants de moins de trois ans ont carrément annulé tout le bénéfice de l’aspect « deuxième enfant », justement. J’ai traversé des moments de désespoir profond (et aussi des moments de pur bonheur, hein. Et des moments d’intense fatigue… Bref tout ce qui fait un post-partum classique, finalement), à me demander comment j’allais m’en sortir, comment faisaient les autres, pourquoi moi je n’y arrivais pas. À culpabiliser pour l’hippocampe et à lui en vouloir un peu de m’empêcher de m’occuper sereinement de l’axolotl. À regretter presque nos choix éducatifs parce que quand même, des enfants qu’on laisse pleurer ou qu’on punit-dans-leur-chambre, là, tout de suite, ça me paraissait plus facile à gérer. Ben oui : comment répondre correctement (selon mes critères idéaux) aux besoins dévorants de DEUX enfants ? Comment, sans totalement m’oublier, m’aliéner ?

La vérité, c’est qu’on s’est ajustés. Sans d’ailleurs que j’aie besoin de tirer un trait sur toutes nos convictions. Certains ajustements étaient nécessaires depuis longtemps. La naissance de l’axolotl les a rendus indispensables.

Aujourd’hui j’ai l’impression qu’on a atteint un certain équilibre. Qui ne durera peut-être – sans doute – pas éternellement, d’ailleurs. Mais on en profite tant qu’on le peut.

Alors, était-ce vraiment plus facile ?

Honnêtement, je ne crois pas. Parce que c’était la deuxième fois que je mettais un enfant au monde, mais la première fois que je devenais maman de deux enfants. Et ça, ce n’est pas si facile – en tout cas pour moi.

Je m’étais promis de savourer les premiers mois, cette fois, parce que pour l’hippocampe j’avais manqué de sérénité. Je m’étais dit « Profite, tu sais que ça ne dure pas. Et ce sera peut-être la dernière fois. »

Le problème c’est que, d’une certaine façon, j’espérais rattraper ce que je n’ai pas assez bien vécu à mon goût avec l’hippocampe – sauf que c’est impossible : l’axolotl n’est pas l’hippocampe, et on ne vit pas dans la même fusion avec son bébé quand il y a un aîné à gérer.

Alors j’ai profité quand même, bien sûr. Mais j’ai aussi attendu avec impatience que le temps passe et que les choses s’arrangent.

Car c’est bien une leçon que j’ai apprise dans ma maternité : tout, absolument tout finit par passer.

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